Presse

Printmaking Today Autumn 2017
Sabine Delahaut - Printmaking Today Autumn 2017
Vie des arts 247
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Vie des arts 248
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Les riches heures de la gravure
Les riches heures de la gravure
Sabine Delahaut, La diva, verticale
Sabine Delahaut par Roger -Pierre Turenne pour le journal Le soir
Communiqué de presse
Sabine Delahaut par Roger -Pierre Turenne pour le journal Le soir

Critiques

En creux par Jacques Keguenne

Librement écrit d’après les gravures
de Sabine Delahaut


essayer de garder l’océan à demeure
et les bêtes fauves

poser pour une postérité suggérée
portrait sur le guéridon

col marin, deux fois



filaments inaccoutumés des jours
une hérésie
ou l’ordre entier d’une élégance



loup seul
dans une bergerie vide
mais musclé, chargé de contes et de crocs

passeur d’aventures par les garde-robes de dentelles



la nuit
un bal de cuivre et d’escarpins
de griffures et de burin

falbalas sous la lune
et copeaux de cuivre

un goût d’abricot



visages d’un désamour
d’une quête sans fin
oie ou corbeau
sans savoir où construire le nid



rester amovible
entre le visage et la robe

(la marquise se donne en représentation ce soir)



dans les espoirs de l’arbre, miser sur les feuilles qui palpitent.
pour la robe, tendre la grâce des doigts avant l’escalier à venir.
les volcans s’inquiètent de leur devenir.
(un drapé plutôt qu’un écorché)



ruines d’ourson
et intempéries de crinoline
poser un masque sur le gâteau des échéances
abréger l’agonie des poupées, le tracas des marionnettes

rien d’indistinct, tout est fécond



apprivoiser l’étoffe, la fourrure, et la meute.
souveraine qui pourrait s’envoler, glisser d’abord vers le sauvage.
un cerf oscille et s’agenouille,
une ficelle maintient le nuage.



dans les sacoches, garder la part du loup et de ses légendes, et une place séductrice pour les brebis, même sacrifiées.
tournure des abois, hibou aux aguets.



un registre de hurlements.
gueule ouverte, poils gris, comptabiliser les atours.
dire le diable et sa queue, son inventaire dans les limbes, ses oripeaux obsédants.
désenclaver l’infortune.



ô pâle, ô nue
et qui affronte la lune
désemparée de ton apparence
affirmée toutefois
même si tu rougis quelque peu d’avoir à faire face



une espèce de tricoteuse
vouée à capturer les insectes

derrière le drapé souverain, un bénitier d’intempéries



des chemisiers posés sur la blessure
des chenilles de jadis préoccupées d’architecture
papillons pris au cou dans leurs chrysalides
l’araignée règne
le castellet affiche quelques élégantes

depuis que le cœur bat
rien n’entrave les yeux en larmes, les rideaux de velours et la passion repue des sentinelles
un théâtre, toutefois, un ballet, une déférence



des lapins de givre
en rappel sauvage
signalent le nœud écorché
— un prolongement d’immortalité



viendras-tu, âme lente, prendre langue avec mes clameurs ?
nous aurons des drèves de colonnades, l’horizon dégagé, nous jetterons un voile sur l’amertume et les soupçons.
l’eau sera fraîche, en éclats dans le cristal et l’argenterie.



aucune compassion pour les moulins.
il sera pris soin des perruques et des robes, les tables de bois se trouveront cirées et les pensées s’accommoderont des contraintes domestiques.
aucun grillage, toutefois, pour circonscrire les volières de la mémoire.



midi carillonne aussi bien que quatorze heures, quoique dans l’insoluble décalage. le temps presse.
écarter l’inquiétude d’un vieillissement, l’excitation.
suspendre les colibris.



revenir un peu, s’imposer parfois, malencontreux et inquiétant, timide envahissant.
neige spirale.
au visage étourdi, reconnaître la laine qui maintient au chaud et le protocole d’une ancienne habitude.
vortex du calendrier.



à doses émues, tressées de rouge et burinées.
avec aussi le dos courbé pour la promenade lente et ces ruses qui inventent des chemins, convoitent des destinations.
rien n’altère la rumeur ni la détermination.
persévérer dans la promesse intérieure, même équivoque.



l’idée n’était pas de se déguiser; il ne s’agissait que de se montrer sous un accoutrement insolite.
au reste, l’état ancien demeurait négligé et l’avenir, une intention improbable. tout se passait, s’établissait en un chemin devenu quelconque, piétiné sans fin.
une ritournelle, une émeute, une apostasie.



accorder quelques complaisances à l’indicible.
inviter l’être à l’apéritif dans les jardins fastueux, nonobstant les bougies faibles et les fontaines basses.
miroir d’époque, image désemparée.

petit théâtre intime, grotesque, compassé.



en tout état de cause, rester en appel de ciel, même si, nulle part, ce dernier ne s’affirme, ne se manifeste.
inscrire un creux.
s’afficher sous la couverture oblique de la gravité et du regret.



l’esquisse d’un désert intérieur, avec le folklore extravagant de ses peuplades.
constater l’importance des tambours, des danses, d’une mythologie ensablée. ne rien savoir de son voisin et de ses songes, ne proposer qu’une offrande de limailles, rebondir sur l’évidence enthousiaste.
partager en creux.



burlesque, le loup, mais d’autant plus coquet qu’il ignore encore ne représenter qu’une future fourrure d’apparat.

décembre 2014

Delahaut jusqu'aux bas - JP Gavart Perret

Quand Sabine Delahaut s’amuse, éros n’est pas en berne. Il est là qui remue de plus en plus. Toutefois il ne s’agit plus de montrer le corps (du moins pas toujours et pas forcément en totalité) mais ce qui l’agite. Plus question de simplement se rincer l’œil mais de mesurer ce qui échappe au delà de son iris. Le voyeur se retrouve avec, à ses trousses, des spectres féeriques
qui parfois lâchent leurs chiens. Nul ne sait si c’est le voyeur ou les femmes dessinées qui implorent de l’aide par l’intersection de la Sainte Sexo. Toujours est-il que le voyeur lui assure une éternelle reconnaissance. Mais à peine guéri et calmé il n’a qu’une idée : retrouver le monde de la vénéneuse. Elle rachète les péchés de tous ceux qui – frénétiques -cherchent dans l’image de quoi fantasmer.
« Sainte Mère ne seraient-ils que des bêtes ? » se demande l’artiste. Mais pourquoi pas après tout. C’est pourquoi Sabine Delahaut remodèle sans cesse ses personnages.
« Creuse, creuse ma fille puisqu’un ange te tire par les pieds » pourrait- elle ajouter. Un peuplement chevauche ses belles, les entoure. Qu’importe si la fusion dans le réel n’est pas au
rendez-vous. L’artiste déduit le dehors de dedans. Les corps dansent, perdent leur tête et l’artiste tire les rideaux, les ficelles sans donner des explications, de déplier des raisons. Toutefois elles s’emboîtent même si leur sens
échappe. Les femmes deviennent des orgues à prières d’un genre particulier : de dieu ou des chiens elles ne redoutent ni le tonnerre ni les morsures. Au besoin elles savent réveiller le cochon qui sommeille pour mieux s’en moquer.
Jean-Paul Gavard-Perret

Les altitudes de Sabine Delahaut

A travers cette remarquable suite, Sabine Delahaut, – outre qu’elle nous apprend qu’elle excelle dans la technique de sa discipline (ici du dessin) et qu’elle possède pleinement l’art difficile et élégant de la couleur -, nous révèle ce qu’elle entend par « autoportrait ».

L’autoportrait, selon elle – et c’est une acception qui nous enchante -, est le lieu de la poésie, de l’insolite, de la maîtrise, d’un humour étrange, le lieu de l’absence physique de l’artiste, celui encore de la métaphore visuelle, du masque, le lieu de la multiplicité de l’individu.

Rien, pour le dire très simplement, ne me paraît aussi pleinement vrai, ou aussi proche du vrai, que cette approche de l’autoportrait.

Pour Sabine Delahaut, l’autoportrait, – et peut-on mieux approcher la finalité artistique en paralnt de soi -, est un territoire d’invention et de révélation cachée. L’autoportrait, c’est cacher sa face visible et révéler sa face cachée.

L’autoportrait est un je(u) complexe, ludique, grave, esthétique, intelligent, un jeu virtuose dans lequel le graveur excelle. L’autoportrait, c’est l’art d’être subtil, de subtiliser son image à des fins esthétiques et sans doute existentielles. C’est l’art de révéler le filigrane de l’être ou d’embusquer les secrets de l’être dans les nervures du papier.

Je dirai aussi que la suite me ravit enfin par la manière dont elle est très habilement légendée. Cette merveilleuse suite de représentations (au carrefour du conte, du surréalisme, du fantastique et du psychanalytique) compte parmi mes plus belles découvertes sur Facebook. Elle est au nombre de mes enchantements. La suite telle que reproduite ici est une sélection de pièces.

Denys-Louis Ciolaux – 2012
http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/sabine-delahaut/

Sur le Blog de Denys - Louis Colaux

Sabine Delahaut dit beaucoup de choses à propos de ses créations, elle dispose d’une belle langue pour évoquer son art, ses techniques, ses précieux outils et les gestes qu’ils exigent. La flamme de la passion traverse sa parole.

L’œuvre de Delahaut est une œuvre d’une très grande finesse, d’une étonnante minutie dans le trait, dans le tracé tout autant que dans le propos. C’est une œuvre délicate, féminine, gracieuse, hantée par la femme (les indices féminins) et l’animal. J’ai parlé d’œuvre féminine car Delahaut burine avec la grâce et la souplesse de la couturière de Velasquez et un indéfinissable petit plus féminin exhausse l’œuvre.

C’est une œuvre élégante dans laquelle l’absence est un des personnages essentiels, l’absence de l’être en tant que tel et sa manifestation réduite à ses avatars, à ses mutations, à ses ornements, ses masques ou ses métaphores.

L’absence ici semble curieusement et poétiquement jumelée avec une quête de l’identité. Essentiellement, me semble-t-il, l’être s’absente derrière quelque chose ou est physiquement absent, ou partiellement absent. Delahaut nous propose des indices, des tracés incomplets ou masqués (plaisante trouvaille, le regard du loup lui est quelquefois un masque).

Elle se situe évidemment du côté de la poésie : elle invite l’imagination à déployer les trames qu’elle propose, et parfois elle sème les traits et nous invite à imaginer qui les habite. Oui, son œuvre est une invitation à imaginer, à rêver, à rire, à s’étonner. Delahaut n’est pas une montreuse, son art tient dans la subtilité élégante de l’évocation, les nuances de la suggestion.

J’aime ses gravures en rouge où chaque trait a la formidable palpitation d’une veine. Il y a chez elle un grand sens de la métaphore et un art du sens caché, c’est une héritière des surréalistes belges aussi. Le merveilleux est dans son œuvre.

Elle aime redire des formes, les répéter en y apportant des modifications, travailler tout à la fois dans la série et dans l’originalité, la constance et la transformation. Il y a en elle du baroque, mais un baroque étrange, une rencontre étonnante de la profusion et de l’ascèse. On trouve l’ornement sans le noyau souvent, la parure sans l’être paré.

Quelque chose du conte hante son œuvre, de même que la présence obstinée de l’animal (qu’elle aime et pour les droits duquel elle milite infatigablement). Il me semble que, par certains aspects, la présence du fantastique est manifeste dans l’œuvre. Au travers de ce baroque sobre et inhabituel, insolite et charmant, dans ce lieu des identités masquées, du secret et de larévélation, de la fantaisie et du phantasme, de la féminité elliptique, du rapport singulier entre l’être et l’animal (l’humanité de l’animal, l’animalité de l’être humain), nous découvrons l’univers fascinant d’une poésie visuelle subtile et rare, quelque chose comme le merveilleux présent d’un art épuré et formidablement complexe.

Par Denys-Louis Colaux
http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/sabine-delahaut/

Sabine Delahaut , ici-même et ici-bas

Dans les fantasmagories et l’étrange bestiaire de Sabine Delahaut surgit la fascination de l’absence.
De même que le dépouillement du sens usuel dont nous revêtons les éléments du monde et de l’humain.
L’important est de recréer le « choc » favorable à la perception non d’un au-delà mais d’un en deçà – ce qui ne revient pas pour autant à se cantonner dans la pure animalité. Au contraire même.
L’œuvre provoque l’interrogation du regard du spectateur. Existe chez elle un processus poétique et surréaliste qui permet de rechercher plus que le « beau » pour lui-même une manière d’appréhender l’existence en ses fonds auxquels l’artiste donne sa vision. L’œuvre permet aussi de s’immiscer dans les labyrinthes du songe par les métamorphoses qu’elle engendre.

Sabine Delahaut évite avec soin de saisir les humains. Elle préfère éteindre leurs bougies pour les remplacer par d’autres figurations afin de mieux les appréhender. Aussi nocturne que diurne sa figuration faussement « caricaturale » saisit des instants cernés par un certain vide où le regard bascule. Parfois la lucidité du noir trouve appui sur une certaine idée de la chute avant de se perdre sur les hauteurs d’un brusque saut d’un chien.

Le monde est restitué selon un ordre plus primitif et essentiel. Comique aussi. Comique ou presque. Sortant du décoratif l’artiste se retire de la simple évidence du monde en ne cédant pourtant en rien sur certains de ses éclats acides. L’artiste provoque par ses propres lignes des césures. S’inscrit la narration d’un monde qu’elle veut sauver avec obstination de la débâcle des naufrages.

Demeure aussi le point de démarcation d’un état de vision et d’un état d’oubli, d’un état de vie et d’un état forcément fantomatique. Comment dès lors ne pas voir ou entrevoir le « graphitique » que crée chaque dessin et loin de tout fantasme : à sa place la fantasmagorie est en marche.

L’animalité permet de montrer ce qui ne se voit ou ne se dit pas. Cela revient à ne plus marcher dans sa propre peau mais dans celle de l’espace étrange où il en va d’une reconnaissance sensorielle du secret de l’être, de
ses faces cachées. Les images permettent d’atteindre ces lieux où « rodent nos animaux » comme écrivait le plus grand des poètes : Artaud.

Ajoutons que dans l’œuvre à l’horizontalité répond la verticalité par un appel d’un seuil à franchir. Il faut donc consentir au saut vers ce qui nous échappe mais que les images rappellent. S’y confronter devient l’acte essentiel. Nous sommes seuls, soumis à une inavouable communauté dont nous devenons partie prenante.
Tout ce que l’artiste soumet loin de la figuration proprement humaine ne crée pas une distance. Un corps nocturne brille. L’œuvre devient son initiation, son incorporation. Une rêverie s’y déploie. Elle jouxte une autre rêverie plus organique où demeurent des vestiges essentiels. Ou plutôt des états naissants.

En eux « s’image » une faille au fond de laquelle rugissent des présences inconnues. Le blanc sur lequel le noir s’appuie n’est pas le vide. Un jour se lève loin de l’illusion « réaliste » fidèle, objective, « naturelle » de la réalité. Sabine Delahaut n’est pas une topographe mais une poétesse.
Elle jette au milieu de l’effroi, de la solitude comme du rire. L’art apparemment modeste devient une grande méditation en acte. Il interroge même le regard qui est sensé le voir. Car il fissure énigmatiquement les certitudes trop facilement acquises de la contemplation fétichiste. Quelque chose se produit qui n’est pas de l’ordre du simple point de vue.
Cela constitue une mise en rêve du rébus humain. On se cherche en lui comme l’âme autrefois se cherchait dans les miroirs.

Jean Paul Gavard Perret

Point par point Sabine Delahaut par Pélagie GBAGUIDI

S’ouvrir sur le champ réflexif de la gravure comme un processus créatif m’a semblé opportun à l’heure de la conquête du tout Fini.
Souligner le caractère contemporain de l’œuvre de Sabine Delahaut s’impose à nous sous le regard dubitatif.
Sans en altérer le sens et dans un souci de transcription, je vous donne à voir l’inventaire des mots de l’artiste :

Le trait
– En 10 jours j’ai gravé deux plaques complètement burin et eau-forte -J’en ai imprimé une
-Rouge
-Combler d’encre le sillon que j’ai creusé dans la plaque
-J’avance plus vite pour ne pas que mes idées prennent la poussière -Seuls le trait et l’histoire comptent
-10 gravures format 30 x 40 15 gravures format 15 x 20
-Parure
-Contraintes de la beauté
-Des empêchements
-Aveuglements
-Égarements à travers l’apparence
-Mais la nature sauvage n’est jamais loin -Pas finie « falling in love »
-Finie mais pas de titre encore -Femmes en cheveux
-La ligne omniprésente -Comme un écho
-De couturière
-Un acte que j’apparente
-A celui de coudre ou de tisser
-Le fil conducteur qui nous mène d’un point à un autre
Le temps
-L’amener à notre époque
-L’esprit désuet des gravures de mode
-Avec la mémoire enfouie puis retrouvée
-Lithographie
-Gravure
-Après
-Une première approche des arts plastiques
-De la peinture à l’huile
-Aux techniques d’impressions
-Lithographie
-Gravure
-Le vêtement et son histoire
-Le corps
-Magnifié
-Torturé
-Ridiculisé
-Cette relation d’amour et de haine
-Addition
-Soustraction
-Ce lien symbolique avec la condition féminine et le carcan social -Son côté intuitif et animal
-Les jeux et mutations du corps…
Jeux
-Hors du cadre le mouvement chevauche nos pensées -Où s’est camouflé l’effort au burin ?
-Hors du champ la représentation perd de sens
-La sensibilité et l’humour se regardent complices -Décochent nos interrogations
-Où veut – Elle nous amener ? -Là-haut où les frontières sont abolies

Pélagie Gbaguidi

Publications

Printmaking Today
Printmaking Today 1
Printmaking today 2
Printmaking today 3
Actuel, l’estampe contemporaine n°3
actuel-3-couverture-net

Vous pouvez consulter l’ensemble du contenu sur ce lien :

https://issuu.com/jean-micheluyttersprot/docs/actuel_3__le_magazine_de__parlons_g

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